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Nosfell et Bertrand Belin à l'Olympia
23 mai 2007 - Photos : Pascal Codron |
Nosfell poursuit la tournée entamée en octobre 2006 avec la sortie de son second album, l'excellent Kälin Bla Lemsnit Dünfel Labyanit. Cette tournée l'a conduit très loin de chez nous, jusqu'à Reykjavík, où, peut-être, Nosfell espérait-il entendre quelques nouvelles de Klokochazia, la lointaine contrée dont il est originaire ? Plus près d'ici, après avoir rempli le Bataclan en février, deux soirs de suite, il a fallu voir plus grand et c'est donc à l'Olympia que Nosfell nous a donné rendez-vous ce soir ... La première partie est assurée Bertrand Belin, lui aussi en tournée pour la promotion d'un album sorti en mars 2007. |
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Des embouteillages m'ayant retenue plus que de raison, j'arrive à 20 heures tapantes dans le hall de l'Olympia ... juste au moment où la
sonnerie enjoint les spectateurs à gagner leurs places.
Bertrand Belin, longtemps guitariste pour les autres, a commencé sa carrière d'auteur-compositeur-interprète en 2001 par des concerts où il était accompagné de ... Pierre Le Bourgeois, violoncelliste que nous allons voir tout à l'heure aux côtés de Nosfell ! Le monde est petit ... Pendant 40 minutes, Bertrand Belin, de sa voix grave, va nous conter ses histoires étranges et souvent absurdes. Armé de sa seule guitare et de quelques pédales d'effets qui vont lui permettre de lâcher sa 6 cordes pour empoigner un violon le temps d'un morceau, ce crooner à l'humour caustique va réussir à faire rire le public en racontant une histoire totalement sordide et tout à fait décalée. La prestation est équilibrée entre titres du premier album (Bertrand Belin - Sterne/Sony BMG - 2005), "Porto", "Le colosse", "T'as l'vin t'as pas l'vin" et morceaux extraits de son tout nouvel opus (La Perdue - Sterne/Sony BMG - 2007), "Le trou dans ta poitrine", "Tes délices", "Les oiseaux" ou encore "La perdue" qui achève ce set vraiment court. Après 20 minutes de pause, les lumières s'éteignent et c'est sur une intro enregistrée - des bruits d'oiseaux, de grenouilles, de criquets, que sais-je, bercés de cordes - que le concert démarre. Puis, Pierre Le Bourgeois s'installe au violoncelle et l'ombre de Nosfell, caché derrière un paravent, parait enfin sur scène ... et c'est parti pour deux heures de voyage en terre de Klokochazia. |
Nosfell, en conteur moderne, va nous narrer le périple du seigneur Günel
descendant vers le sud et semant la terreur sur son passage. Ses histoires, à Nosfell, tiennent davantage de l'heroic fantasy
que des contes et légendes de notre enfance. Je ne sais pas si tout le monde a bien suivi les méandres de l'épopée, ses subtilités,
les rivalités qui agitent tout le petit monde de Klokochazia mais ça n'est pas très grave finalement ... Ce qui compte, c'est
l'atmosphère qui s'installe et, pour peu qu'on se laisse entrainer dans l'univers de Nosfell, c'est tout simplement fascinant !
L'opposition entre l'imaginaire quasi médiéval véhiculé par ce chevalier d'un autre temps et le visuel hyper moderne avec ses
projections et ses couleurs violentes offre un spectacle particulièrement original. En outre, Nosfell lui-même est captivant pour
l'oeil ! Sa gestuelle propre est remarquable, tantôt danseur moderne évoluant gracieusement torse nu, tantôt contorsionniste
tentant de se libérer d'une camisole imaginaire, tantôt mime quand seule son ombre nous est visible, Nosfell est multiforme. Il
est capable d'être immobile sur une jambe (l'autre négligemment passée par dessus le manche de sa guitare !) tel un échassier
majestueux et la minute après de contraindre son corps dans des mouvements convulsifs incroyables.
Et n'allez pas croire que tout ce spectacle masque une certaine pauvreté musicale ... Côté musique, il y de quoi se régaler ! Ils n'ont beau être que deux - Nosfell à la guitare électrique ou acoustique, Pierre Le Bourgeois au violoncelle ou à la basse - (un batteur et un pianiste viendront étoffer l'équipe sur quelques titres), leur maîtrise des pédales d'effets et des boucles samplées offre des possibilités impressionnantes. |
Pour ne citer que quelques exemples marquants, sur "Majodilo tepü jaredü",
c'est Pierre Le Bourgeois qui martyrise ses jouets pour un final démoniaque (c'est dingue les sons qu'il peut tirer de son
violoncelle, cet homme là !) et pour "Shaünipul", le jeu sur la voix est tout à fait remarquable.
Nosfell, superpose, au fur et à mesure, plusieurs samples de sa voix dans des tonalités différentes si bien que le morceau semble
finir à plusieurs voix : c'est superbe !
Le titre est d'ailleurs généreusement applaudi ... La voix de Nosfell, parlons-en
justement : son registre vocal est tel qu'il passe sans problème d'une voix grave et rocailleuse à la Tom Waits ("Your Elegant Hat") à une
voix de tête, cristalline comme celle d'un enfant ("Günel") et ceci souvent au sein du même morceau comme dans
"Sladinji the grinning tree". L'exemple parfait pour illustrer cela, c'est "Mindala jinka", chanté
lors du rappel et clôturant la prestation, où la voix monte et descend, couvrant une étendue extraordinaire. Ce final de toute
beauté laisse la salle debout applaudissant à tout rompre.
Citons enfin quelques anecdotes comme ce saut de Nosfell dans la salle où il effectue un petit tour, courbé en deux, tandis que des boucles vocales poursuivent seules sur scène accompagnées du violoncelle ou cette reprise de Tom Waits, "Chocolate Jesus", ou encore cette version différente de celle du CD du "Long sac de pierres" avec une voix filtrée, comme lointaine. Après des remerciements à la salle, Nosfell et son complice quittent la scène sous des applaudissements amplement mérités, le public debout réclame son serviteur mais, c'est fini, il ne reviendra pas. SLB Site de Nosfell MySpace de Bertrand Belin |
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