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Portishead au Zénith de Paris - Kling Klang en première partie

5 Mai 2008 - Photos : Pascal Codron


    Après seulement deux albums qui avaient suffi à faire de Portishead un groupe culte et le symbole du mouvement Trip Hop, silence radio et surtout discographique ! Plus de dix ans se sont écoulés depuis la sortie de l'album éponyme... Autant dire qu'on n'y croyait plus à ce troisième disque. Et pourtant, voici quelques mois les rumeurs ont commencé à enfler sur le web ... pour devenir enfin réalité ! Et comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule, quelques jours seulement après la sortie de Third (le bien nommé), c'est au Zénith de Paris que le groupe vient, pour deux soirs, présenter son nouvel opus.

Les deux dates affichent bien entendu complet depuis des semaines et le long de l'allée qui mène au Zénith, on assiste à un bien curieux ballet : des malheureux en quête de places croisent des vendeurs de billets sans jamais se rencontrer... Peut-être le prix proposé est-il prohibitif ?

Pas de bousculade à l'entrée, pas de file impressionnante qui attend depuis des heures, l'ambiance devant le Zénith est détendue et nombreux sont ceux qui profitent encore d'un soleil quasi estival et des pelouses du Parc de la Villette avant de gagner la salle. Il n'est pas loin de 20h00 et la fosse est encore clairsemée quand Kling Klang débarque sur scène. Oui, je sais, Kling Klang, c'est le nom du studio de Kraftwerk à Düsseldorf mais c'est aussi un groupe anglais. Signés chez Rock Action Records, label fondé par Mogwaï, les Kling Klang doivent leur passage au Zénith à Portishead qui a décidé de les embarquer sur bon nombre des dates de la tournée européenne.

Kling Klang vient de Liverpool et si les membres du groupe se disent influencés par Kraftwerk, Can, Neu! et le krautrock en général, leur musique emprunte aussi bien au métal qu'à l'électronique pour délivrer un post rock noisy et souvent apocalyptique. La bio parle de kraut-punk band et le dernier album du groupe s'appelle Esthetik of Destruction, tout un programme ! Voilà de quoi vous faire une petite idée du style Kling Klang.

Les anglais sont quatre sur scène, en tous cas ce soir car le groupe est en fait un quintette, et la formule choisie est assez originale puisqu'on a trois synthés et une batterie. De temps à autre, une guitare fait son apparition quelques instants mais, on l'aura compris, ce sont les claviers qui règnent ici en maîtres.
Après 45 minutes où psychédélisme, électro noisy et rock progressif s'affrontent en envolées tantôt mélodiques, tantôt martiales, le tout sur une rythmique impressionnante, Kling Klang quitte la scène pour céder sa place aux héros du jour...

Le Zénith a maintenant fait le plein et la fosse n'est plus qu'une masse compacte de fans impatients. Des cris fusent, le groupe se fait désirer... Après plus de dix ans d'attente, le public français ne veut plus patienter quelques minutes de plus ! A l'extinction des lumières répond une clameur de soulagement suivie immédiatement d'une ovation : le groupe fait son entrée dans l'ombre, se mettant en place sur un gros son de basse tandis que le logo de Portishead est projeté sur l'écran géant derrière la scène.

Comme beaucoup de gens présents ce soir, je n'ai jamais eu l'occasion d'assister à un live de ce groupe mythique, l'attente est donc grande... Je n'ai pas eu le temps non plus d'écouter Third (Barclay), sorti il y a quelques jours seulement, je le découvre donc en direct et ça commence d'entrée de jeu puisque le set attaque sur deux nouveautés ! Beth Gibbons tourne le dos à la fosse tandis que la longue intro instumentale de "Silence" se déroule : un electro rock hypnotique au rythme assez rapide. Le tempo ralentit pour se muer en ballade lente et languide, le temps se retrouve comme suspendu et Beth se met alors à chanter, faisant enfin face à la salle. Grosse ovation au moment où elle se retourne...

Ce nouveau titre me rassure immédiatement... Dix ans se sont écoulés mais Portishead n'a pas égaré son savoir faire en chemin. Le groupe reste maître dans l'art de doser parfaitement electro et pop, de mêler étroitement la froideur des machines et l'humanité d'une voix ou d'une guitare acoustique. Beth a toujours cette même voix qui vous file des frissons et les thèmes de ses chansons n'ont guère varié. Elle y susurre ses peurs, exorcise ses tourments ou hurle ses angoisses.

Après ce superbe "Silence", on enchaine sur un impeccable "Hunter" avant d'attaquer le premier tube. Dès les premières notes de "Mysterons", le Zénith chavire de bonheur et une clameur incroyable s'échappe en même temps de milliers de poitrines... Il en sera ainsi sur chacun des anciens titres joués ce soir. Le groupe, sachant que le public attend plus particulièrement ces morceaux qui ont fait toute sa renommée, a d'ailleurs choisi une
setlist équilibrée puisque la moitié des titres provient des deux premiers albums et l'autre de Third.

"Glory Box" voit des centaines de téléphones illuminer la fosse, le prodigieux solo de guitare qu'Adrian Utley y déploie est salué par la foule et le titre, qui s'achève sur une plage instrumentale qui nous fait redouter la fin du monde, est l'un des sommets du concert. Mais, le vrai climax, celui qui remporte la palme haut la main à l'applaudimètre et déclenche une hystérie proche de la démence, c'est "Wandering Star". Seul le trio, Beth Gibbons, Geoff Barrow et Adrian Utley, est éclairé, les machines se sont faites discrètes et restent dans l'ombre, le titre est joué dans une version quasi acoustique très réussie. Adrian tire des sons déchirants de sa guitare, Beth accroupie et recroquevillée sur son micro chante comme si sa vie en dépendait... Emotion garantie! Que dire d'autre de ce moment si ce n'est qu'il est carrément magique! "Machine Gun" et sa rythmique guerrière nous ramène à la réalité et les machines reprennent le dessus.

Le show s'achève avec "Cowboys". Dans la stridence des machines qui hurlent et des scratches qui gémissent, la voix filtrée et distordue de Beth semble métallique et désincarnée, presque inhumaine, une machine de plus... Ce final électrique et démoniaque laisse un public quasi épileptique : les gradins tremblent, la fosse trépigne et rugit et cette folie ne s'éteint qu'avec le retour du groupe sur scène.

En rappel, trois titres dont un superbe "Roads" sur fond de projections psychédéliques et un très beau "We Carry On", tiré du dernier album et qu'on espère de bon augure pour la suite... Sur la plage instrumentale qui achève ce morceau à la rythmique hypnotique, Beth descend dans la fosse saluer le public et serrer quelques mains pour le plus grand bonheur des spectateurs des premiers rangs massés contre les barrières. Après 1h30 de concert, Portishead quitte la scène en saluant et Beth Gibbons remercie la foule de quelques mots en français...

Laissons le mot de la fin à ces spectateurs qui discutent derrière moi en descendant l'escalier du métro : on y retourne demain ?

SLB

Site de Portishead
Site de Kling Klang



Portishead au Zénith de Paris - 5 Mai 2008 - Setlist

Silence // Hunter // Mysterons // The Rip // Glory Box // Numb // Magic Door //
Wandering Star // Machine Gun // Over // Sour Times // Nylon Smile // Cowboys

Rappel :
Threads // Roads // We Carry On